Déchéance de marque INPI : perdre sa marque après 5 ans de non-usage

Une marque enregistrée à l'INPI mais non exploitée pendant 5 ans peut être annulée par n'importe quel concurrent. Voici comment éviter la déchéance, quelles preuves conserver et comment réagir si votre marque est attaquée.

Pré-vérification indicative, pas un avis juridique.

Qu'est-ce que la déchéance de marque pour non-usage ?

La déchéance de marque pour non-usage est une procédure prévue par l'article L.714-5 du Code de la propriété intellectuelle français. Elle permet à toute personne intéressée de demander l'annulation d'une marque enregistrée si son titulaire ne l'a pas exploitée de manière sérieuse pendant une période ininterrompue de 5 ans, sans juste motif.

Cette règle existe pour éviter que des entreprises monopolisent des noms de marque sans les utiliser, bloquant ainsi l'accès à ce signe pour d'autres acteurs. La déchéance est rétroactive : si elle est prononcée, la marque est réputée n'avoir jamais existé à l'expiration du délai de 5 ans.

Les conditions pour qu'une déchéance soit prononcée

  • Non-usage sérieux pendant 5 ans : il ne suffit pas d'une utilisation sporadique ou symbolique. L'exploitation doit être réelle, sérieuse et correspondre à la fonction essentielle de la marque (distinguer des produits ou services). Une simple réservation du nom sans activité commerciale ne suffit pas.
  • Absence de juste motif : certaines situations peuvent justifier le non-usage temporaire, comme des procédures administratives obligatoires avant commercialisation (médicaments, appareils médicaux), des faillites ou situations de force majeure. Ces justifications sont appréciées strictement par les juridictions.
  • Demande d'une personne intéressée : tout concurrent, tout tiers souhaitant déposer un nom similaire ou tout consommateur peut engager une action en déchéance. La demande se fait devant l'INPI (depuis la réforme de 2020) ou devant le tribunal judiciaire.
  • La période de 5 ans court à partir de la date d'enregistrement définitif de la marque. Une marque peut donc être attaquée dès la 6e année si elle n'a pas été exploitée.

Ce qui constitue un usage sérieux aux yeux de l'INPI et des tribunaux

  • Utilisation sur des produits commercialisés ou des services facturés : factures de vente, bons de commande, étiquettes, emballages portant la marque. Il faut que les produits ou services soient réellement vendus à des clients tiers, pas uniquement en interne.
  • Présence en ligne : site internet actif sous la marque, boutique en ligne, profils sociaux actifs utilisés dans un contexte commercial — à condition que cela s'accompagne de transactions réelles ou d'une activité commerciale tangible.
  • Publicité et promotion : catalogues, publicités, participation à des salons professionnels sous la marque. La publicité seule, sans vente réelle, peut ne pas suffire.
  • Usage dans une zone géographique limitée : l'usage n'a pas besoin d'être sur tout le territoire français. Une exploitation régionale ou dans un secteur de niche peut suffire si elle est réelle et cohérente avec l'activité.
  • Licences accordées à des tiers : si vous avez concédé une licence d'exploitation de votre marque à un tiers, l'exploitation par le licencié compte comme usage de votre marque, à condition que la licence soit inscrite ou opposable.

Comment conserver ses preuves d'exploitation

La charge de la preuve de l'exploitation incombe au titulaire de la marque, pas à celui qui attaque. En cas d'action en déchéance, vous devez apporter des preuves concrètes et datées de l'utilisation de votre marque pendant la période en question. La conservation anticipée de preuves est donc essentielle.

Constituez un dossier d'exploitation régulièrement mis à jour : factures clients portant la marque, captures d'écran datées du site internet et des réseaux sociaux, photographies des produits avec la marque apparente, documents publicitaires et catalogues datés, contrats de licence ou de distribution. Conservez ces éléments pendant au moins 10 ans après chaque renouvellement.

La déchéance partielle : un risque souvent sous-estimé

  • La déchéance peut être totale (annulation de toute la marque) ou partielle (annulation pour certains produits ou services seulement). Si votre marque couvre 3 classes mais que vous n'exploitez activement qu'une seule, les 2 autres peuvent être annulées.
  • Exemple : vous avez déposé votre marque en classe 25 (vêtements), classe 35 (commerce de détail) et classe 41 (formation). Si vous n'avez jamais développé d'activité de formation, la classe 41 peut faire l'objet d'une déchéance partielle, laissant votre marque valide uniquement pour les classes exploitées.
  • Stratégie recommandée : déposer uniquement les classes que vous exploitez réellement ou prévoyez d'exploiter dans les 5 ans, plutôt que de déposer de nombreuses classes « par précaution » qui ne seront jamais exploitées.

Comment réagir si quelqu'un demande la déchéance de votre marque

  • Répondre dans les délais : devant l'INPI, vous disposez d'un délai pour répondre à la demande de déchéance et produire vos preuves d'exploitation. Ne laissez pas ces délais expirer sans réagir.
  • Rassembler et organiser vos preuves : factures, photos, captures d'écran datées, contrats — tout ce qui démontre une exploitation réelle pendant la période concernée.
  • Consulter un conseil en propriété industrielle ou un avocat : la procédure de déchéance devant l'INPI est contradictoire et technique. Un professionnel peut vous aider à structurer votre défense et identifier les preuves les plus solides.
  • Envisager un accord amiable : si vos preuves sont insuffisantes, une négociation avec l'opposant (limitation des produits ou services couverts, accord de coexistence) peut éviter une déchéance totale.

Questions fréquentes

Après combien de temps une marque INPI peut-elle être annulée pour non-usage ?

Une marque INPI peut faire l'objet d'une action en déchéance pour non-usage si elle n'a pas été exploitée de manière sérieuse pendant une période ininterrompue de 5 ans, à compter de son enregistrement définitif. Le délai de 5 ans repart à zéro à chaque reprise d'exploitation sérieuse.

Qui peut demander la déchéance d'une marque INPI ?

Toute personne qui y a un intérêt peut demander la déchéance : un concurrent souhaitant utiliser un nom similaire, une entreprise cherchant à déposer une marque proche, ou un acheteur souhaitant acquérir le nom. Depuis la réforme de 2020, la demande se fait devant l'INPI (procédure administrative) ou devant le tribunal judiciaire (procédure judiciaire).

Un simple site internet suffit-il à prouver l'exploitation de sa marque ?

Un site internet actif est un élément de preuve, mais rarement suffisant seul. L'INPI et les tribunaux regardent si l'exploitation est réelle et sérieuse : il faut que le site génère des transactions effectives, pas simplement qu'il existe. Des factures clients, des commandes, des livraisons sous la marque sont des preuves plus solides. La combinaison de plusieurs éléments (site + factures + réseaux + publicité) est la plus convaincante.

Peut-on perdre sa marque si on change temporairement de nom commercial ?

Oui. Même si c'est temporaire, une interruption de 5 ans dans l'exploitation de la marque enregistrée expose à la déchéance. Si vous changez de nom commercial mais conservez votre marque enregistrée, continuez à utiliser la marque dans des contextes commerciaux (documents officiels, factures, packaging) ou faites-la exploiter par un licencié.

Le renouvellement de la marque à 10 ans empêche-t-il la déchéance pour non-usage ?

Non. Le renouvellement (paiement des redevances tous les 10 ans) ne protège pas contre la déchéance pour non-usage. Ces deux mécanismes sont indépendants : vous pouvez avoir renouvelé votre marque et la perdre quand même si vous ne l'avez pas exploitée pendant 5 ans consécutifs.

Peut-on racheter une marque déchue pour l'utiliser soi-même ?

Une marque déchue n'appartient plus à personne : elle tombe dans le domaine public à l'expiration de la période de 5 ans de non-usage. N'importe qui peut alors déposer un nom identique ou similaire à l'INPI. Il n'y a rien à 'racheter' : vous déposez simplement une nouvelle demande pour ce nom. Si la marque n'est pas encore déchue mais que vous souhaitez l'acquérir, vous devez négocier un rachat avec le titulaire actuel.

Quelle est la différence entre déchéance pour non-usage et nullité de marque ?

La déchéance pour non-usage agit pour l'avenir : la marque est annulée à compter de la date à laquelle l'usage a cessé pendant 5 ans. La nullité de marque, elle, agit rétroactivement depuis l'origine : la marque est réputée n'avoir jamais existé. La nullité peut être demandée pour des raisons absolues (marque non distinctive, descriptive) ou relatives (marque similaire à un droit antérieur), indépendamment de l'usage.

Comment vérifier si une marque que je veux déposer est déjà susceptible de déchéance ?

Notre outil de vérification consulte les bases INPI et EUIPO pour identifier les marques similaires à votre nom. Si une marque correspondante apparaît mais semble inactive (titulaire difficile à trouver, aucune présence en ligne), le rapport complet (14 €) vous indique les références exactes pour évaluer le risque. Attention : seul un conseil en propriété industrielle peut conduire une analyse formelle du risque de déchéance.